lundi 08 décembre
perspectives
Je ne peux imaginer quel sentiment, quelle détresse elle doit ressentir lorsqu'elle se dresse sur son oreiller et qu'elle sent près d'elle le froid laissé par les draps que personne n'a froissés.
Le château est toujours là, il s'impose derrière larges fenêtres de mon lycée. Le château de ton enfance où tu voulais habiter "quand tu serais grand"; Et je pose les mêmes yeux d'enfant, j'accroche des étoiles à chaque volet battant en pensant à tous ces rêves perdus, ces histoires oubliées qui se sont tues, que l'on écoute plus. Tu dois les raconter dans ton sommeil à la terre qui te recouvre, elle s'empare de tes souvenirs et, je crois, la lourde pierre de marbre se charge de les celer à jamais, par le poids de la fatalité...Et puis merde, j'avais juste besoin de causer façon grande mélancolie, ça en devient presque morbide. Ces images au fond j'm'en fous, ça fait un joli[ou pas] décors à planter par dessus mes continuelles plaintes et réflexions stériles. J'voulais juste te connaître mieux. Mais c'est con, j'me r'trouve un peu à court, comme dépourvue de ta présence et de tes mots...
mercredi 02 août
aurevoir papa
(j'écris peut-être un peu trop de détails confidentiels, m'excusera qui comprendra, récit commençant au bas de cette catégorie)
Peut-on dire que maintenant c'est vraiment fini? A vrai dire, durant toute la cérémonie, les discours religieux nous assuraient que Papa était auprès de dieu, que son esprit nous accompagnerait toujours, qu'il ne fallait pas être triste. Dieu pourra dire ce qu'il veut, ses paroles ne me touchent pas. La voie divine je la déteste ! Elle ne pense pas à l'égoïsme qui nous est vital !...Si j'ai envie d'être triste, je le serai!
Sur le parvis de l'église, on communie, on se marie, et on s'en va au paradis. C'est ici un mélange de joie et de pleurs que je ne supporte pas. Aujourd'hui, j 'ai offert ma joue une centaine de fois. Tellement de visages dont j'ignore tout, qui me souhaitent bien du courage, des embrassades à n'en plus finir...[Bonjour]...[Mes condoléances]...[Au revoir];
Des prières, des alléluia jusqu'au plafond. Seuls les témoignages méritaient l'écoute. Ses amis, ses collègues et sa famille. Tout ces souvenirs que personne n'oubliait... On les évoquait pour lui rendre hommage mais qui font toujours pleurer; parce qu'on se dit qu'on ne pourra plus vivre ensemble.
En sortant du noir de l'église, j'étais perdue...Nous étions de véritables phénomènes de foire : tous ces inconnus qui connaissaient mon père et qui nous fixaient ou embrassaient en se chuchotant "pauvre famille". Ils étaient agglutinés autour du corbillard pendant que nous résistions aux sanglots. Le moment que je déteste arriva : ils sortent le cercueil et le glissent comme des rats minutieux dans la véhicule. C'est le moment où on se dit encore "C'est finit pour de bon!". Ma mère est comme moi. Elle éclata un bruyant sanglot lorsque le coffre claqua alors que tout le monde se disait " qu'elle est forte"
En descendant chercher notre voiture, le vallon découvrait les monts et l'horizon. Cela m'inspirai la plus rassurante de toutes mes pensées. Papa voulait se remettre à peindre; Je me dis que de là où il est, il pourrait peindre les plus belles vues. Ça me rassurait de penser que la mort lui offrait cette beauté infinie.
Puis on amena le cercueil au cimetière. Un lieu si paisible où je me rendrais plus souvent à présent. Encore une dernière prière avant d"engouffrer la boîte dans le placard. Nous lui disions une nouvelle fois adieu en lâchant des roses dans sa tombe. Mais il fallait encore préparer nos joues car une nouvelle rafale se préparait. Je ne demandais qu'à m'isoler pour faire mijoter toutes mes émotions mais ils étaient tous là "toutes mes condoléances" à nous rappeler notre chagrin et se chuchotaient "pauvre famille". Ça n'en finissait plus ! Moi je ne voulais que fêter une dernière fois mon papa. Dans le contrat, c'était sans doute prévu... mais moi je l'ai pas signé! (souvenirs d'une anecdote...) Les gens écrasent leur malheur sur nous, comme si on en avait pas assez. Et puis ils me serrent tous trop fort!
On est ensuite allés se recueillir autour de la p'tite croix en bois. A défaut d'un monument en marbre, c'était un parterre de fleurs ! [...]On a encore besoin de lui pour nous guider sur notre chemin. On a encore besoin de sa main pour nous rattraper, comme quand on apprenait à marcher...Il est comme un pied de fleur qui aurait fané mais que de petits bourgeons fleuriront bientôt.
samedi 29 juillet
29 juillet
26 jours que la peur nous guette...Je dois être forte...pleurer soulage mais ne va pas changer les faits d'aujourd'hui. Aujourd'hui je devais partir en camp de vacance pour la première fois de ma vie mais les circonstance ont voulu que je reste ici. L'état de mon père a affreusement empiré. Son poumon sain est lui aussi atteint . Et mon pauvre papa souffre pour respirer, il cherche son air. Il fallait que je reste pour attendre l'inévitable. Je ne faisais qu'essayer d'ignorer les choses, de mépriser la tristesse pour vivre ma vie, pour rester debout ! Mais le destin a décidé de ne pas nous faire grâce .
Il dormait souvent...peut être pour échapper à la réalité, c'était à cause des médicaments, de la morphine. Et quelques fois il délirait à haute voix. Au début c'était drôle...mais ça finit par être peinant...Il obnubilait sur tous ces fils qui lui sortaient du corps. Parfois il faisait l'effort de manger...un demi yahourt, des framboises? rien d'autre... nourrit par intraveineuse, j'ai mal pour lui. D'autres fois il utilisait toutes ses forces pour se hisser sur le bord du lit. Sa chambre d'hôpital est moche :grise, déprimante pour un homme qui agonise. Avant il nous parlait, tout en s'endormant, mais on le sentait vivre ! Il souriait tout en souffrant... moi j'essaierais de me souvenir que de son sourire...j'essaierai !
Pour la fête des père, j'avais eu l'idée d'imprimer une photo de ses enfants sur un T-shirt...depuis, tous les gris matin d'hôpital, il se réveillait avec nous, il nous portait sur son cœur...Et j'avais découvert les métro toute seule pour aller voir mon père, et ça lui faisait plaisir que j"me débrouille comme une grande pour aller le voir, preuve que ses enfants tiennent à lui.
_"les vendredi, en sortant de son cabinet il vous ramenait des gadgets surprises" nous rappelait nostalgiquement Maman ce matin...Ce matin...C'était le dernier moment passé avec lui. Il était allongé tel un zombi...Il n'était même plus maître de lui...comme s'il ne restait que son corps qui pouvait à peine respirer. Ma mère s'en occupait comme d'un bébé. Je me sentais vide, à part du chagrin, cette scène ne m'inspirait rien. Maman nous berçait dans ses bras pour nous rassurer...face à elle, nos sanglots étaient ceux des bébés que nos parents avaient vu grandir.
J'ai grandit trop vite...Est-ce pour cela que je ne dramatise pas cette situation? Je pleurais...La mort est la seule chose qui fasse pleurer.
Puis vint le moment d'aparté. Chacun notre tour, on poussait cette affreuse porte pour lui dire...nos derniers mots, un adieu simple ou compliqué...d'abord mon frère, et puis moi... Je cherche mes mots, je n'ai rien à dire et pourtant tellement de choses sur le coeur.
_"il restera dans un coin de ta tête , il saura toutes ces choses"
Comment m'y prendre ? Comment réussir à parler dans sangloter comme une imbécile ? Je veux me montrer digne, je veux le rassurer... [Bafouille]...[Larme]...[Bisou]...Mon Papa, je t'aime!
C'était la première...et la dernière fois que je lui disais que je l'aimais.
Faut-il vraiment ce genre de situation pour me faire ravaler mon orgueil ? Pourquoi suis-je si égoïste ? Oh Mon Papa excuse moi ! Où es-tu à cette heure? Il est 17 h. ça fait une heure...Dans ma tête, mes souvenirs, mon coeur ?Le ciel ? L'air que je respire? Où est ton âme?
Ça fait une heure que Maman a appelé. J'ai décroché de suite, elle voulait nous parler alors j'ai réveillé mon frère. J'ai allumé le haut parleur... Je me met à pleurer.
_"Papa s'est en allé doucement...il a arrêté de respirer lentement. Maintenant il est mort."
[Larme]...[Sanglot]...Je pousse mon étranglement dans un oreiller. Depuis ce matin mes yeux s'inondent par vagues. On attendait ce moment mais dans ma naïveté optimiste, je ne pensais pas à cette date inscrite dans les registres.
"Le docteur est décédé d'une maladie" Quelle ironie...ça ne me fait rien de plaisanter là dessus, alors que ça fait une heure que le téléphone a sonné. Peut-être est-ce ce petit morceau de mon Papa resté en moi qui me pousse à penser ça qui sait ?
Je vais continuer à vivre pour toi Mon p'tit Papa, t'inquiète on va se tenir les coudes ! Je peux même être la plus forte si tu veux ! On t'aime très fort...
je sais pas où tu nous attend, mais on se revéra mon papa!
lundi 03 juillet
la nouvelle
3 juillet
L'horreur est survenue pendant le dîner. Mon frère avait gentiment préparé à manger. Nous savions que Maman rentrait encore tard alors on s'est mis aux fourneaux (enfin j'ai quitté mon ordinateur que lorsque le tonnerre a commencé). Mamie, dans son habitude, était venue prendre des nouvelles, et Maman rentra peu après. Une atmosphère complice régnait depuis l 'après midi entre nous qui profitions du début de vacances.
Depuis quelques mois, la famille ne va plus très bien. on nous demandait de temps en temps d'écouter ce qu'ils avaient à dire. Chacun se suspendait aux lèvres de nos parents à sa manière :_
-"après, je rallume la télé!"
-"bonne ou mauvaise nouvelle?"
-"vu sa tête , c'est pas des projets de vacances! ".
Et puis une information tombe, comme une brique au sol; plutôt sur nos têtes à vrai dire. On allait traîner ce boulet à travers nos vies. Moi, j'ai pas tout de suite réalisé...j'ai pas prit le temps de réfléchir à ce qu'il adviendrait. Le malheur s'abat à la télé, pas dans ma vie ...Sinon je commencerais à croire que le sors s'acharne. Mais à partir du moment où on pleure, tout devient clair . La vie nous donne un cours, les épreuves deviennent des leçons et les larmes des conclusions.
La table était mise, le repas préparé, après une journée éprouvante (ce n'était que le début...) Maman n'avait plus qu'à s'asseoir. Comme elle disait, nous étions dans l'insouciance relative des vacances...enfin moi je l'étais en tout cas. Il me semblait lorsque la nouvelle s'écrasa dans nos assiettes, que je fus trop longtemps naïve. Je ne savais rien...rien de ce fléau qui circulait en mon père : le cancer. Évidemment, on me l'avait apprit dans le cabinet de mon psy (bien qu'étant un minimum perspicace, je l'avais découvert...) En fait, je n'osais pas aborder ce sujet. Je ne connaissais rien à ce qu'endurait mon père ni à quoi ça allait déboucher. Mais ce soir, le dialogue du dîner se termina lorsque ma soeur demanda des nouvelles de papa. J'étais la seule qui n'avait pas finit son assiette (que je n'ai pas osé finir d'ailleurs) et un sentiment étrange m'envahit. ON ne m'avait pas attendue pour entamer ce sujet mais j'appris une minute plus tard que le temps n'attend pas...
Ma mère avait attendu pour nous avouer ça. Personne ne sait s'y prendre pour ces choses là car les mots ne sont pas toujours évidents. C'est pour ça qu'elle nous dit en pleurant :
_"Les enfants...votre père fait tout ce qu'il peut pour combattre sa maladie..." je pris sa main "Mais vous savez, la tumeur l'envahit, les traitements sont vains et pour l'instant il se bat contre l'infection qui l'affaiblit. Tout à l'heure il m'a dit qu'il vous aimait et...essayez d'aller le voir le + souvent possible, même 10 minutes, il a besoin que vous soyez à ses côtés . ET dans l'état où il est, on pourra plus l'avoir à la maison..." sanglots "Son cancer prend beaucoup d'ampleur et Papa sent que son état empire. Il ne nous reste plus beaucoup de temps vu la propagation de sa maladie...On évalue ça autour d'un mois..Profitez de votre papa, que ça vous empêche pas de vivre pour autant. Il m'a dit qu'il avait pas finit son travail sur la terre, que ça devait pas finir comme ça..."
Je regardais le ciel avec pitié. Je priais alors que je n'étais plus croyante...appelle-t-on ça l'espoir? Il nous en reste à tous. Le petit comité L. n'est pas au complet et malgré notre chagrin, on est tous de petits soldats qui essaieront de se battre aux côté du guerrier "papa". Voici une des pensée naïves que je me reproche. Pas plus tôt que cette après midi, je confiais à un ami de mon père que j'espérais le voir rentrer chez nous d'ici 4 jours et voilà qu'on m'apprend qu'il ne quittera pas son lit blanc d'hôpital !
_"Avec votre père on demandait juste 1 ou 2 ans..." Et puis j'ai oublié ce qu'elle a sangloté avant le dessert. l'atmosphère avait basculé d'une légèreté apaisante à un silence ponctué de reniflements. Chacun arborait la même mine accablée. Ça nous tombait dessus comme ça...La vie est injuste : conclusion d'une leçon mal enseignée.
Décrire les pleurs, à quoi bon! Je me sens vide car je suis remplie de tristesse. Ça fait 2 heures que je me force à y repenser sans pouvoir évacuer...Je ne devrait jamais me retenir de pleurer devant les autres. Je suis là comme une larve en aparté avec mon stylo, à attendre le miracle : que mon cauchemar prenne fin. Mais j'ai beau me réveiller, aucun signe. Je dois me plier aux règles du destin et accepter notre sort. Mais pourquoi la mort ? Je pense à ma maman...Elle a aussi perdu son père quand elle avait 19 ans. Moi je suis trop jeune, et en + dans une période loin d'être idéale. J'ai du mal à garder la forme. Dois -je me faire à cette idée ? elle nous l'a suggéré...Gardons quand même cet espoir qui nous fait vivre .







